Du silence…

On dit que la Lumière chasse les Ténèbres. En effet, lorsqu’on entre dans une pièce toute sombre et que l’on éclaire une lampe, il n’y a plus d’ombre. Elle n’est pas sortie par la fenêtre, elle ne s’est pas glissée sous la porte ! Elle n’est plus, tout simplement. Qu’en est-il du silence ? Est-ce que le silence chasse le bruit ? Quel silence ? Quel bruit ? Je suis de plus en plus attirée par lui, apaisée par lui, nourrie par lui. J’ai besoin de silence autour de moi et en moi. Sur mon chemin de dépouillement, le silence est un fruit qui a de plus en plus de goût. Je n’ai pas chercher à m’inposer le silence, je le vis de l’intérieur et il me guide pour accorder ma vie au milieu du monde à ce que je porte à l’intérieur. J’ai fui longtemps hors de moi-même, dans l’agitation, l’occupation, le devoir, le faire qui rassure et qui nous fait croire à un sens de la vie. Mais tout cela ne mène nulle part et c’est dans le silence, la prière, l’oraison que je me découvre, dans les deux sens du terme. Je découvre qui je suis en me mettant à nue sous le regard de Dieu. Je ne suis pas dans l’introspection morbide ou nombriliste. Cela ne va nulle part, non plus…Le goût du silence chasse peu à peu les bruits intérieurs ; ils ne disparaissent pas mais ils chuchotent et passent. Je crois que l’intensité du bruit est aussi lié à l’importance qu’on lui accorde. Je peux me retrouver dans le silence au milieu de la foule ou dans une assemblée ; comme je peux être agitée comme une houle en pleine campagne. Le silence est à la fois un lieu et un état, il me semble. C’est un lieu. J’expérimente de plus en plus qu’il y a en nous ce lieu de perfection, de repos et de calme qui est le lieu de Dieu. Ce lieu parfait de toujours à toujours où aucun traumatisme ne peut entrer, aucune blessure ne peut entrer, aucune agitation ne peut entrer. C’est un état. Le travail sur moi et la prière me permettent de vivre le silence, le calme de façon de plus en plus quotidienne, non pas coupée des autres mais au contraire en étant plus présente, plus attentive. C’est dans mes temps de retrait que je suis nourrie et préparée à aller vers l’autre, vers l’action. Le silence sous le regard de Dieu est Vérité, Liberté, Légèreté, Vie en plénitude. Le bruit intérieur ou extérieur provoque en moi une fatigue intense, une usure exagérée. Alors je reste vigilante à ce qui se passe en moi, le plus souplement possible. C’est pour moi de l’écologie intérieure. Et, je veille à ne pas me laisser polluer par ce qui est nocif pour moi ; tout cela, en restant pleinement dans la vie. Comment pourrions-nous entendre les notes de musique sans le silence qui les séparent et les fait vibrer ? Comment pourrions-nous écouter les battements de notre coeur sans le silence ? Mais le silence peut terroriser car il renvoie à la solitude, au manque, au vide… Tant de choses portant une connotation lourdement négative pour certains. Mais il est un passage à apprivoiser, seulement un passage… Et la Lumière chassera les Ténèbres. Je me retire en silence et je vous laisse vivre pleinement votre chemin d’intériorité

« Si vous considérez sérieusement l’examen rigoureux que le grand Juge fera des paroles, vous n’aurez pas beaucoup de peine à vous taire… C’est le silence qui commence les Saints, c’est lui qui les continue, c’est lui qui les achève. »

St Bernard de Clairvaux