Dedans, dehors…

Comment deviner ce qui se passe dehors quand on est dedans et comment savoir ce qui se passe dedans quand on est dehors ?

Cette question m’est venue lors d’une discussion dans laquelle une personne me racontait une expérience difficile sans se rendre compte qu’elle était comme enfermée dans cette histoire et en imaginait la résolution avec ses propres constructions. Cet imaginaire galopant et en même temps tellement mensonger lui faisait construire une réalité fausse et l’empêchait de s’ouvrir à l’éventualité de solutions nouvelles.

C’était comme si elle se trouvait à l’intérieur d’une maison ayant des fenêtres et que regardant à l’extérieur elle ne pouvait voir qu’un seul arbre ou vallon sous un certain angle. Voir un gros nuage gris par la fenêtre ne signifie pas que le ciel est entièrement nuageux ou que l’orage arrive.

Ce que l’on voit par nos fenêtres n’est qu’une partie de la réalité mais nous sommes si prompts à en tirer des généralités, des concepts, des règles que nous prenons pour vérités absolues ! Nous fermons le paysage extérieur par nos conceptions intérieures, nous cadenassons les possibles dans nos prisons intérieures. En bref, nous refusons la Grâce, nous refusons la Vie. C’est un processus classique pour chacun d’entre nous…

Parfois, on peut aider la personne à prendre conscience qu’il y a une porte et qu’elle peut donc sortir, découvrir le paysage dans sa totalité. Parfois, il faut ouvrir la porte pour cette personne. Parfois, même la porte grande ouverte sur un magnifique paysage ne lui donnera pas envie de quitter ses enfermements. Il faut du temps, de l’amour, de la patience, de l’humilité. Il nous faut de l’aide, à chacun d’entre nous. Chacun de nous a besoin de quelqu’un qui déroulera les bandelettes, qui ouvrira la porte ou qui sera la porte… Sans cette interdépendance salvatrice, la Grâce n’aura pas l’espace disponible, elle n’aura pas les coeurs disponibles pour se révéler et s’incarner.

Je crois que lorsque nous sommes enfermés au-dedans nous sommes aussi dehors, ignorant ce qui se passe dedans, dans le coeur. Dans nos prisons intérieures, les peurs, l’imaginaire tordent la réalité et nous tiennent prisonniers dans un lieu qui est au-dehors de notre vraie nature humaine. Notre vraie nature humaine regarde les payasages, s’y promène et y traverse des tempêtes, des orages, des sècheresses mais se laisse aussi caresser par le vent léger. Elle est dans le mouvement, elle vit en contact avec la réalité et se laisse faire. Mais voilà… pour y parvenir les blessures, les peurs, l’imaginaire doivent passer au tamis lentement, continuellement… Pour qu’enfin nous puissions sortir et aller, tout en étant dedans, au plus profond de notre coeur libéré. Alors ouvrons, sortons, découvrons tout en habitant au plus profond…

« Moi, l’Eternel, je t’ai appelé dans la justice, je t’ai saisi par la main, et je t’ai modelé, j’ai fait de toi l’alliance du peuple, la lumière des nations pour ouvrir les yeux des aveugles, pour extraire du cachot le prisonnier, et de la prison ceux qui habitent les ténèbres.… »

Isaïe 42, 6-7