Contre-jour

De douces collines verdoyantes, des pâturages et des bosquets, un petit village au loin ; le tout sous un soleil éclatant calmé par la brise rafraîchissante qui court les vallons. Le décor est planté. Le point de vue qui ouvre sur ce tableau se cache sous l’ombre danssante des tilleuls et des mûriers. Quelque chose de la perfection s’offre paisiblement…

L’hôte est là, quelque part mais ne se laisse pas voir. Il propose une contemplation qui parle de lui, de son amour et de sa créativité sans limite. La rondeur des collines, les couleurs, la brise, les oiseaux, le parfum des tilleuls racontent, chacun avec son alphabet propre, quelque chose de son coeur. Je sais qu’il est là, je le sens, tous mes sens sont en émoi, mon coeur palpite un peu plus fort, je le sais mais ne le vois pas… Je voudrais le voir, mais il se cache. Pourtant tout est à lui, tout est de lui. Chaque colline est la rondeur de sa main caressante, chaque bruissement de feuille est le pétillement de sa joie, chaque élan de la brise est un mot chuchoté pour moi, chaque parfum de fleur est un cadeau choisi rien que pour moi. Il est là mais je ne le vois pas…

Et puis, soudain, mon regard se fixe sur les ombres des feuilles de tilleul. Parsemées de trous de lumière, elles dansent sur les graviers. Je suis comme hypnotisée. Je reste happée par leurs mouvements, leurs bruissements. Je saisis à quel point l’ombre, nos ombres sont révélées par la lumière. Outre le fait que la lumière est source de vie pour la nature, si la lumière n’est pas là, tout n’est qu’ombre, bien plus… nuit noire. La lumière révèle l’ombre, la vie révèle la mort. Oh, ne pas s’en offusquer mais plutôt se laisser toucher par cette présence qui se révèle tendrement dans les contre-jours.

Quelle douce attention de cet hôte qui se laisse découvrir dans les entrelacs de nos ombres. La lumière parfaite est le contrepoint de la nuit la plus profonde, de la mort. Rien d’étonnant à ce que Dieu prenne grand soin de se montrer dans les contre-jours de nos vies ; nous nous habituons peu à peu à sa présence, à son intelligence, à sa tendresse. Nous nous laissons ainsi creuser profondément pour un jour accueillir sa pleine lumière. Tel un bel arbre en plein midi, il n’y aura alors plus d’ombre, nous aurons notre belle verticalité pour habit et nous serons illuminés de sa splendeur.

« Seigneur montre-nous le Père. »

Jean 14, 8