La truelle dans le ciment ou la joie parfaite

Imaginons une maison en travaux, en plein chantier de rénovation. Ca fait pas mal de monde qui circule, qui va, qui vient, qui laisse des traces de colle, de peinture ou de ciment… Une vraie ruche mais moins bien organisée peut-être ? Et là, ça peut se compliquer.

Il y aura toujours celui qui essuie derrière les autres ou qui glisse sur un outil mal rangé ; il se peut d’ailleurs qu’il y en ait plusieurs dans cette situation ! Alors, commencent les murmures intérieurs. Ils tournent en boucle dans notre pauvre tête, ils enflent et envahissent notre pauvre cœur. On ne veut pas être le domestique des sans-cervelles qui laissent tout trainer, qui ne font pas attention aux autres, qui sont sans gène… La liste peut être longue et variée ! Et cette truelle qui a fini par coller dans un reste de ciment, qui va s’en occuper ?

Les récriminations s’enchainent, il faut les partager avec d’autres et c’est sans fin… Où va-t-on ? Qu’est-ce que ça raconte au fond ? Que l’organisation du chantier n’est pas parfaite ? Admettons ! Que certains ne sont pas sérieux dans leur travail ? Pourquoi pas ! Et qu’est-ce qu’on en fait de tout ça ? Je crois qu’en creux ce genre de situation nous parle de nous, de nos blessures, de nos manques de reconnaissance, d’amour, de justice, de nos désirs illusoires de maîtrise, de toute puissance, de perfection, de nos peurs… Toutes choses qui sont en devenir ou qui sont des cris de notre profonde détresse et que nous ne pouvons qu’approcher, que nous ne pouvons que mettre en chantier durant ce pélerinage terrestre.

Alors, que faire sinon continuer le chantier intérieur pour se vaincre soi-même ? Que faire sinon devenir plus humain en suivant celui qui est descendu plus bas que toute nos bassesses ? Tout est grâce, tout nous parle de Dieu qui vient nous guérir, nous libérer. l’enseignement peut être déroutant, mais le maître est patient et il renouvellera la leçon tant que nous n’aurons pas réussi à nous laisser enseigner, guérir, convertir. Tant que nous n’aurons pas compris que l’enjeu est l’amour et qu’amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent. Subtil équilibre… Alors oui, nous allons nettoyer joyeusement cette truelle restée dans le ciment !

La joie parfaite se trouve là, dans ce don de Dieu qui nous permet de nous vaincre nous-même et d’endurer volontiers toutes les incommodités. (St François d’Assise)

« Il faut qu’Il croisse et que moi je diminue. »

Jn 3, 30