« Mon maître tarde à venir » Lc 12, 45

Voilà bien l’affaire ! Le maître est en retard… Mais en retard par rapport à quoi ? Il avait annoncé un autre horaire ? Oh, mais il est le maître, il peut arriver quand bon lui semble, changer d’avis, ne pas rentrer du tout… Il est libre de sa décision, de son temps, il est le maître du temps !

Que faire quand le maître est en retard ? S’affoler, s’agiter, en profiter pour faire ce que l’on veut, comme l’on veut ? Peut-être simplement vaquer à ses activité habituelles et prendre les décisions qui s’imposent pour agir au mieux dans cette situation nouvelle que provoque le retard. Cela signifie une suffisante maturité, une suffisante autonomie qui permettent l’action libre sans la dépendance, la confusion, la servilité ou l’hypocrisie de l’obéissance fausse.

Je crois que pour être un bon serviteur, il faut être profondément libre et avoir bien dégagé les différentes formes de mensonges liées à l’obéissance. Chacun aura ses propres mensonges à débusquer ; qu’ils soient liés à la peur, à l’ignorance, aux blessures, à l’immaturité affective, psychologique ou spirituelle. Peu importe ! L’important est de pouvoir y faire face et en faire quelque chose. Le maître en sera heureux et nous serons de plus en plus libre. Nous pourrons servir dans la liberté et dans la joie. Nous pourrons attendre le maître sans inquiétude.

Nous sommes impatients quant à l’intervention du maître pour règler nos difficultés et c’est bien compréhensible. Nous voudrions qu’il nous soulage, ici et maintenant mais parfois rien ne se passe, tout du moins à vue humaine… Le maître est-il vraiment absent ? Où le cherchons-nous ? Que cherchons-nous ? Que nous raconte cette absence ?

L’espace de l’attente permet le face à face avec soi-même, avec son humanité. Il est cadeau du maître qui laisse son serviteur dans l’anti-chambre pour mieux se préparer. Si nous voulons hâter le temps, centrés que nous sommes sur notre petite personne, nous perdons finalement notre dimension sacrée. Nous nous croyons très grand et fort mais nous empêchons notre nature profonde de vivre, nous perdons de vue que nous sommes créature et que nous avons un créateur.

L’espace de l’attente creuse en nous le désir de mieux approcher le maître qui se laisse désirer mais attend de se laisser rencontrer. Par son absence, le maître révèle les lumières et les noirceurs de son serviteur. Il révèle son amour profond pour chacun de nous, sa délicatesse dans l’invitation incessante à rester en mouvement vers plus d’incarnation, plus de vie car nous ne savons ni le jour, ni l’heure…