Manger la feuille !

Manger une feuille, quelle idée saugrenue ! Cette violente sensation s’est révélée à moi en regardant un film japonais qui racontait le chemin intérieur d’une jeune femme à travers son apprentissage de la cérémonie du thé. Au travers de ses émotions, elle chemine et se découvre, elle progresse et découvre son lien profond avec le vivant, la nature.

Les images se fixent sur des feuillages, sur une feuille, sur ses nervures, sur l’écoulement de sa sève, sur ses cellules qui pulsent sans cesse, qui vivent. Cette progression visuelle mais ausi intérieure me bouleverse au point que je suis submergée et que je n’ai qu’une envie : avaler cette feuille, ne faire qu’un avec elle, ne faire qu’un avec cette sublime création ! Sans jugement aucun, je reste avec cela tout le long de l’histoire. Je me dis que cela me raconte quelque chose de très personnel, quelque chose à découvrir de celle que je suis. Je m’y intéresserai un peu plus tard.

Mais qu’est-ce que ça raconte cette furieuse envie d’engloutir la végétation ? C’est assez surprenant et cela va au-delà d’une tendance naturelle plutôt végétarienne ! Certes cela parle de mon appétit de vie, de vérité, d’amour ; appétit jamais vraiment comblé durant mon pélerinage terrestre… Cette vie qui pulse dans une feuille d’arbre et qui nous est révélée par des moyens techniques précis vient toucher ce qui pulse, qui vit en moi et qui sans cesse cherche la plénitude, sans cesse cherche à être rassasié. Moteur de vie et occasion de chute tout à la fois…

Désir sacré, désir de Dieu, désir immense qui se cogne à la limite de mon humanité. Elan de vie et gouffre de mes chutes… Absolu de Dieu, incomplétude de ma chair. Va et vient incessant, balancier parfois douloureux entre des extrêmes et recherche amoureuse de l’union paisible, voilà bien ce désir de Dieu ! Pauvre humanité qui n’a que ce qu’elle est pour approcher un peu de l’infini de Dieu. Point d’autre issue que de tout abandonner, de tout donner pour espérer tout alléger, tout laisser transformer, pour se laisser vivre en Dieu, par Dieu !

Désirer se fondre avec le végétal, avec le vivant, avec la création tout entière, sans confusion du tout mais bien en laissant notre trace personnelle, de façon nette et claire. Chemin de vie qui nous place face à nos cris intérieurs et veut nous réconcilier, renouer le dialogue avec nos forces dévoyées. Si nous pouvons faire face à nos ténèbres paisiblement et dialoguer avec elles, elles nous diront quel est le trésor caché sous les cris, quelle est la perle au fond du champ. Ce n’est pas contre elles que nous devons nous battre, c’est contre nous-même et avec elles. Là est une voie de pacification et d’unification. Tout accepter de ce que nous sommes, simplement…

« Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent « 

PS 84, 11