De l’usure…

Comme un vieux lin fatigué, mon âme s’étire et se disloque face aux contradictions de ce monde… Quand la beauté s’absente, se cache, me pousse à aller au bout de moi-même, dans les recoins les plus secrets pour trouver le repos, alors quelque chose se déchire. Quelque chose m’échappe irrémédiablement et me laisse dans une profonde nudité. Une barrière, une protection s’efface et me laisse au beau milieu d’un territoire resserré, dense mais très perméable. Quelque chose s’use, s’abîme définitivement, se referme sur une vérité plus profonde, plus claire ; les forces trop sollicitées se calment et l’usure laisse place nette à la recherche de paix, de justesse, de liberté.

Lorsque la paix et la joie ne me sont plus accessibles, elles continuent de me parler. Elles laissent la place à la tristesse ou même au désespoir, à l’errance, à la violence… Et en creux, ce sont elles qui continuent de m’appeler. Pour les retrouver, que suis-je prête à traverser, à trancher, à quitter ? Lorsqu’elles m’habitent, paix et joie me sont douces mais lorsqu’elles sont éloignées, leur attente jalouse me pousse au bout de mes peurs, de mes trahisons, de mes mensonges pour redire ma vérité profonde. Sans cesse, elles m’interpellent dans leur intense, quoique parfois très discrète musique.

Paix et joie sont, seront toujours les gardiennes de mon territoitre, de mes frontières inconnues. Grâce à leur vigilance aimante, elles sont les sentinelles qui tiennent ferme aux limites de l’usure ; elle qui se tient sur un désert sec et inhospitalier où s’agitent volonté de maîtrise, orgueil, mensonges…

Comme un vieux lin fatigué, mon âme espère et se laisse danser par l’appel intérieur…